Les différentes pièces à assembler

Du bois à l’écriture : épisode 8 Fin

Nous y voici, dernière étape de la fabrication, l’assemblage.

Cette article a pris un peu de temps car un certain nombre d’étapes ont été nécessaires, certaines feront l’objet d’un article supplémentaire, notamment la fabrication d’une cabine de vernis.

Avant l’assemblage, revenons sur la finition.

Je la réalise à la toute fin des opérations, ceci permet d’avoir l’atelier propre et d’avoir eu le temps de laisser les poussières retomber.

Cette opération cruciale pour le rendu final du stylo, mérite une grande attention. L’environnement dans lequel elle va être réalisée ainsi que la précision dont il va falloir faire preuve sont essentiels. Impossible de laisser une poussière se coller sur le vernis !

L’application des différents produits est parfois assez compliquée de plus, ils sont souvent onéreux, il vaut mieux réussir son coup !

Avant toute chose, il faut rappeler que nous partons d’une surface poncée, pour ma part jusqu’au grain 4600.

Le premier produit à entrer en jeu est le fondur.

Ici le vernis est un vernis PU, il faudra donc appliquer un fondur spécifique. Pour d’autres vernis un fondur celullosique sera utilisé, ceci dépend du choix du vernis.

Le fond dur utilisé ici est un Hesse trouvé dans le temple de Laverdure. Le fondur peut être différent d’un PU à l’autre, il est souvent très utile de se faire conseiller pour son choix.

L’application est relativement simple, je la réalise à l’aide d’un chiffon tout en tournant la pièce.

Une fois sec, égrainage grain 400 ( ou 600 en fonction du résultat souhaité) à 4600.

Il s’agit maintenant d’appliquer le vernis proprement dit.

Cette opération est beaucoup plus complexe. Plusieurs produits sont possibles avec différentes finitions. Quelle que soit celle choisie, il faut impérativement respecter les recommandations du fabricant et réaliser quelques essais.

Le vernis utilisé est un vernis de finition Hesse satin qui nécessite un catalyseur, c’est un vernis PU Bicomposant.

Vernis, durcisseur, Diluant Hesse
Vernis, durcisseur, Diluant Hesse

La particularité du Hesse est d’être extrêmement neutre, il ne modifie pas la teinte du bois.

Il est également anti-UV, ce qui, dans le cas d’un stylo est un avantage.

 

Il est également prévu pour être posé au pistolet ce qui va nécessiter dans mon cas un troisième composant, le diluant.

L’application d’un vernis mat est souvent plus simple, le Hesse effet bois naturel Ultra mat peut même être appliqué au pinceau. En revanche impossible avec du satin pour lequel le moindre trait de pinceau sera exacerbé.

Il est donc important de consulter les fiches techniques et de choisir en fonction du rendu souhaité, mais aussi du matériel à disposition. Pour une application au pistolet, il faut le compresseur, les raccords, une cabine (ou le faire en extérieur), le diluant, bref un peu de matériel.

 Il est également indispensable d’utiliser un masque et des gants.

Ceci étant, passons à l’application du vernis.

Je vais utiliser un aérographe, relié à un compresseur. C’est une espèce mini-pistolet à peinture. Il permet également l’application de peinture , de teintes, etc. de manière très fine.

Aerographe Talon Passche
Aérographe Talon Passche

Il est impératif de parfaitement le nettoyer entre chaque produit utilisé. Une fois de plus les fiches techniques du produit permettent d’utiliser la bonne méthode…

Déballage Aérographe
Déballage Aérographe

J’ai réalisé un mini-chambre de vernis/peinture. Elle me permet d’avoir un éclairage parfait de la pièce, une extraction des vapeurs filtrées par un filtre à charbon actif, ainsi qu’une rotation controlée de la pièce ; elle évite également de pulvériser du vernis en dehors de cette chambre. L’application du vernis est alors beaucoup plus agréable (ne rêvons pas, il faut quand même un minium de protection surtout respiratoire, les vapeurs étant très volatiles)

Je présenterais cet accessoire dans un futur article.

Cabine de Vernis, fabrication maison
Cabine de Vernis, fabrication maison
Cabine de vernis
Cabine de vernis

Une fois le mélange vernis / catalyseur / diluant effectué , j’ajoute le diluant (recette secrète ) et verse le mélange final dans le godet de l’aérographe.

La pression est essentielle à la bonne application, elle est généralement assez basse pour la peinture, mais j’obtiens de bien meilleurs résultats autour de 2 Bar.

J’utilise une buse plate de 0.66 qui permet de tendre le vernis lors de sa pulvérisation. 

Il faut trouver la bonne distance pour une application homogène et sans coulure, seuls quelques essais et un peu d’expérience permettent d’apprécier cette distance. Il faut absolument éviter d’insister sur une partie plus qu’une autre, il en résulterait des différences d’épaisseur et une mauvaise finition.

Le maniement de l’aérographe n’est pas très compliqué mais demande un certain doigté, je procède en gardant ma main au même endroit et en faisant une rotation du poignet :

Il faut en mettre assez mais pas trop !

J’arrive à voir que la couche est homogène grâce à l’éclairage, lorsque je ne vois plus de gouttes mais une surface parfaitement lisse.

 

 

Autre « recette » pour l’application du vernis mat, cette fois réalisé grâce à un chiffon et un pinceau :

Voici donc ma méthode : 

  • Application de deux couches de Fondur
    • Egrainage au grain 600 entre chaque couche
  • Application d’une première couche assez épaisse de vernis.
    • Egrainage après 30-45min au grain 240 jusqu’à ne plus avoir aucune différence sur le bois, mais biensur sans attaquer le bois…
  • Pose d’une couche plus fine
    • Attendre 24h de séchage
    • Egrainage 400 puis 600
  • Application d’une 3ème couche de vernis la plus fine possible.

Théoriquement le rendu devrait être parfait. J’utilise un pinceau à laque pour l’application du vernis.

concrètement cette étape nécessite une certaine expérience, la pose doit être rapide (surtout quand il fait chaud), délicate, l’égrainage doit être précis et homogène, il faut faire pas mal d’essais avant de trouver la bonne « recette » et les bons ustensiles…

 

Après avoir laissé sécher le vernis nous pouvons maintenant passer au moment de vérité : l’assemblage.

Nous allons voir, seulement maintenant, si les cotes prises et usinées sont bonnes. L’assemblage doit se faire parfaitement.

Une fois encore certains accessoires peuvent faciliter cette opération.

C’est le cas notamment des presses d’assemblage.

Presse d'assemblage
Presse d’assemblage

 Elles permettent de travailler en sécurité. En effet si les cotes ont été correctement respectées il est impossible de monter le stylo à la seule force des mains.

Il est toutefois possible d’utiliser la perceuse à colonne (sans foret !) pour réaliser l’assemblage. Attention toute fois à bien caler le stylo , si il venait à « riper » lors du pressage, il serait probablement marqué ou pire, cassé… 

Voici un exemple d’assemblage d’un stylo en Morta et Cocobolo

Une fois la pièce correctement insérée j’utilise un marteau en cuivre pour finir l’assemblage.

Le cuivre a la particularité d’être relativement meuble, notamment par rapport à l’acier ce qui permet de frapper (légèrement) sans marquer ou déformer le métal pour finir l’assemblage en force.

Par contre attention, même sans colle il est ensuite très difficile de désolidariser les pièces.

On peut voir que l’assemblage est parfaitement jointif, les cotes sont respectées (Ouf !)

Assemblage de la pièce centrale effectuée
Assemblage de la pièce centrale effectuée

On peut maintenant passer à l’assemblage de la partie supérieur.

Je vérifie toujours que tout se monte correctement avant d’insérer le mécanisme dans le bois. Cette étape permet de corriger une éventuelle erreur…

J’insère donc la partie qui va recevoir une des montures en bronze avec la même technique

Je monte la partie supérieure en bronze.

Je finis par vérifier que l’embout de mine est de taille correcte, et que la mine dépasse selon ce que je souhaitais faire.

Ici il y a un épaulement sur la mine ainsi qu’un ressort qui doit rentrer dans la mine, il fallait donc 3 perçages.

Une fois confirmé je presse les deux pièces pour les assembler, toujours selon la méthode précédente.

 

Le stylo est maintenant terminé, il aura fallu une bonne douzaine d’heures pour la réalisation de cette pièce.

 

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A bientôt

Julien

4 réflexions au sujet de « Du bois à l’écriture : épisode 8 Fin »

  1. Salut Julien, Excellent article sur le processus de finition et de montage.
    Si j’ose, petite remarque concernant le cuivre : il est malléable au lieu de meuble 🙂

  2. Eh bien, Julien, que dire ? C’est du boulot ! Un travail bien fait. C’est beau. Du coup, les pièces « d’écriture » proprement dites doivent être à la hauteur. En particulier pour un « plume ». Quelle qualité de plume montes-tu ? Une coupée, ce serait possible ? Et ça monterait à combien ?

    1. Salut Chris, merci beaucoup 🙂 les plumes arrives, ce sont des plumes Bock, 1 des deux fabricants de plumes des grands fabricants de stylos 🙂 donc très bonne qualité. En terme de tarif cela va varier en fonction de la plume choisi, plus exactement en fonction de la gamme de plume (metal, or/metal, titane, or) grosso modo, les prix démarreront autour de 250e. Ayant repris le chemin de l’école (Boulle) pour une formation d’ébéniste, c’est surtout en terme de délais que cela risque d’être plus compliqué ! N’hésite pas à me contacter par mail via le lien de contact pour plus d’info.
      A bientôt
      Julien

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